1. La Vie de Molière
Les parents de celui qui devait prendre le
nom de Molière sont des artisans-marchands prospères de Paris : le père, Jean
Poquelin, achète en 1631 une charge avantageuse de « tapissier ordinaire du roi
» (c'est-à-dire de fournisseur de la Cour). Aîné de cinq enfants, Jean-Baptiste
est envoyé au collège jésuite de Clermont – l’actuel lycée Louis-le-Grand – que
fréquentaient des fils d'aristocrates. Il s’intéresse tôt au théâtre, sous
l'influence de son grand-père qui l’emmène voir les spectacles de l’Hôtel de
Bourgogne. Sa scolarité achevée, il fait des études de droit et suit les leçons
du philosophe et savant Gassendi, dont l’enseignement met en cause les
explications religieuses de la création du monde.
1.1. Les débuts dans la carrière théâtrale
En 1643, alors qu’il était destiné à être
avocat ou tapissier, il se fait soudain verser sa part d'héritage maternel,
passe contrat avec la famille Béjart et six autres comédiens pour fonder une
troupe, « l'Illustre-Théâtre », et il devient « Molière ». Sa vocation est donc
originale et impérieuse. Il aurait pu, comme beaucoup, venir au théâtre par
l'écriture, mais chez lui le goût du jeu scénique précède l'écriture, donnée
fondamentale pour comprendre sa carrière et son esthétique.
Il essaie de fonder une nouvelle salle de
théâtre à Paris, ce qui est alors des plus difficiles. En
Molière commence à écrire pour la compagnie
des farces, puis des comédies (l'Étourdi, 1654; le Dépit amoureux, 1656). Mais
le prince de Conti, devenu dévot, retire son appui aux comédiens. La troupe
quitte le Midi de la France pour Rouen puis Paris, où Molière obtient la
protection de Monsieur, frère du roi.
En 1658, la troupe débute devant la Cour. Le
bon accueil fait à ses premières comédies lui permet d'obtenir de partager la
salle du Palais-Royal avec les comédiens-italiens. Molière, qui s’estime un
temps doué pour la tragédie, y interprète des tragédies de Corneille, sans
succès. La gloire survient cependant dès 1659 avec le succès triomphal des
Précieuses ridicules : pour la première fois, Molière fait éditer son texte
(pour couper court à des éditions pirates).
1.2. Un auteur-acteur célèbre et contesté
Dès lors, les créations se succèdent à un
rythme soutenu, sous la protection de Louis XIV : Molière deviendra en 1664 le
fournisseur des fêtes de la Cour, associant le plus souvent comédie, musique et
ballets. Mais ses audaces d'auteur qui entend aussi « corriger les mœurs par le
rire » donnent lieu à de violentes querelles.
À propos de l'École des femmes (1662) qui
fait scandale, on lui reproche à la fois de jouer de plaisanteries faciles et
d'équivoques, et de mettre sur le théâtre comique des sujets trop graves
(l'éducation morale et religieuse des femmes). Par la Critique de l'École des
femmes et l'Impromptu de Versailles (1663), il ridiculise ses détracteurs et
ses rivaux, obtenant le soutien et les compliments du roi.
La bataille du Tartuffe (1664-1669), où il
met en scène les méfaits d'une dévotion hypocrite et fanatique, est plus
violente : interdite par la justice à la demande de représentants de l’Église,
la reprise de la pièce n’est autorisée que cinq ans après sa création.
Dom Juan (1665) est un succès sans lendemain.
Mettant en scène un « libertin », c’est-à-dire un homme libre de mœurs et de
pensée, l’œuvre ne sera jamais rejouée du vivant de l’auteur et le texte sera
édité seulement après sa mort, dans une version expurgée.
En moyenne, sur commande royale, ou pour
faire vivre sa troupe (qui joue également des textes d'autres auteurs, comme
Corneille dont il reste l’ami et Racine avec lequel il se brouille), Molière
compose et met en scène deux pièces par an : des comédies à grand spectacle
telles que le Bourgeois gentilhomme (1670), des comédies où la peinture de
l’être humain donne une profondeur nouvelle au genre comique (Le Misanthrope,
1666 ; l'Avare, 1668), des farces (les Fourberies de Scapin, 1671) ou des
comédies satiriques (Les Femmes savantes, 1672).
Sa vie privée a souffert d’une telle activité
d’auteur, de chef de troupe et de comédien, parfois en conflit avec d’autres
artistes comme le compositeur Lully, l’un de ses rivaux auprès du roi. Il avait
été l'amant de Madeleine Béjart, dont il épouse la fille en 1662 ; Armande est
de 20 ans plus jeune que lui et ses ennemis affirment que, ce faisant, il
épouse sa propre fille, ce qui est une calomnie sans fondement. Le ménage ne
semble pas avoir été des plus heureux. Il a donné naissance à trois enfants,
dont, seule, une fille, Esprit-Madeleine (1665-1723), n'est pas morte dans sa
première année.
1.3. Une mort à l'issue d'une représentation
À partir de 1666, la santé de Molière
s'altère gravement. Il continue ses spectacles malgré la progression de la
maladie. Le bruit de sa mort se répand à Paris à plusieurs reprises. Le 17
février 1673, lors de la quatrième représentation du Malade imaginaire, sa
nouvelle et ultime pièce où il se moque des médecins et de l’engouement
démesuré de son personnage pour la médecine, un malaise le saisit sur scène.
Transporté chez lui, rue de Richelieu, il meurt dans la soirée.
Les comédiens n’ont pas droit à une
inhumation religieuse. Mais, sur intervention de Louis XIV, son corps a droit à
un enterrement opéré de nuit et sans « service solennel », au cimetière
Saint-Joseph.
Molière laisse une troupe, celle de l’hôtel
de Guénégaud, qui est devenue la plus réputée de Paris, et où des comédiens de
grand talent ont trouvé l'occasion de se former et de s'affirmer. Sept ans
après la mort de Molière, en 1680, le roi ordonne la réunion de cette troupe
avec celle de l'Hôtel de Bourgogne pour fonder la Comédie-Française.
source:
source:


No hay comentarios.:
Publicar un comentario