En grand auteur, Molière varie les procédés
comiques, qui lui permettent d’obtenir le rire le plus simple comme le rire le
plus subtil.
1.1. Le comique de geste
Le comique de geste est essentiel dans la
farce mais aussi dans les différentes formes de comédie. Par les mimiques,
l’accoutrement, les déplacements, les mouvements de la tête et des bras qui
caractérisent un personnage ou expriment une intention non exprimée par la
parole, l’acteur amplifie la drôlerie de l’action.
Formé dès la jeunesse par les farces qu’il
voyait sur la place publique et sensible au talent expressif des acteurs
italiens, Molière était lui-même un comédien qui utilisait tous les ressorts de
la gestuelle comique. Les gestes sont primordiaux dans des pièces comme la
première farce de l’auteur, la Jalousie du barbouillé, où il y a des gags et
des chutes comme, bien plus tard, en usera le cinéma burlesque, de même que
dans les Fourberies de Scapin, où le valet frappe le vieux Géronte qu’il a fait
entrer dans un sac ou dans le Médecin malgré lui, où Sganarelle, pris pour un
médecin, multiplie les interventions incorrectes et déplacées.
1.2. Le comique de situation
Comme Molière affectionne la rapidité des
actions, il a beaucoup employé ce type de comique.
Il repose sur des rencontres entre les
personnages et sur des événements qui introduisent une nouveauté, une surprise
ou un choc suscitant le rire. Il dépend généralement plus de l’imprévu et du
mouvement que du texte. Parfois, Molière abuse des retournements de situation
comme à la fin de l’Avare, où des personnages se retrouvent et se reconnaissent
des années après un naufrage et un enlèvement, mais ce n’est pas là
véritablement un procédé comique, plutôt une facilité pour terminer rapidement
une pièce qu’il faut monter dans l’urgence.
Le comique de situation est particulièrement
efficace, par exemple, dans les Précieuses ridicules lorsque Mascarille et son
ami Jodelet se font passer pour de « beaux esprits » et trompent les
prétentieuses provinciales, avant de se faire rosser par leurs maîtres. Il
prend aussi souvent la forme du quiproquo, quand un personnage est pris pour un
autre, comme dans Amphitryon, où Jupiter est confondu avec le général
Amphitryon et le dieu Mercure avec le valet Sosie. Il est aussi mis en place
dans Tartuffe quand l’épouse d’Orgon, Elmire, déclare à l’imposteur qu’elle est
prête à se donner à lui, alors que son mari est caché sous la table.
1.3. Le comique de mots
Le comique de mots est essentiel chez
Molière. Il commence dès la création du nom des personnages : l’usage était
alors d’employer des noms à consonance grecque, latine ou italienne, et Molière
respecte cette coutume mais introduit parfois aussi des noms qui évoquent le
type de personnage qu'il crée : Tartuffe, Harpagon, Trissotin, Pourceaugnac par
exemple.
Il se développe dans les répliques où
l’auteur recourt à certaines tournures verbales comme les jeux de mots, «
Bélise : Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ? Martine : Qui parle
d’offenser grand-père ni grand-mère ? », dans les Femmes savantes, ou bien « Ce
Monsieur Loyal porte un air bien déloyal » dans le Misanthrope.
Source de comique, le latin de fantaisie
qu’il prête aux médecins dans le Médecin malgré lui et dans le Malade
imaginaire. De même que l’opposition du langage populaire et du langage savant
(dans la scène des paysans dans Dom Juan), ou bien dans les dialogues entre
précieux et gens simples dans les Précieuses ridicules et les Femmes savantes),
ainsi que la répétition martelée d’une même réplique (« Qu’allait-il faire dans
cette galère ? » dans les Fourberies de Scapin)...
Dans son utilisation de la langue, Molière a
une double pratique. D’un côté, la simplicité des mots met en relief la sagesse
populaire : « Et je vous verrais nu du haut jusques en bas / Que toute votre
peau ne me tenterait pas » dit Dorine dans Tartuffe, ou, au contraire, souligne
le caractère fruste ou imbécile d’un personnage : « Je vis de bonne soupe et
non de beau langage », dit Chrysale dans
les Femmes savantes. D’un autre côté, des phrases très construites, mettent en
place la rhétorique des idées et des raisonnements.
Molière vise la clarté de l’expression et
l’efficacité du comique pour construire un théâtre du vrai et du naturel, mis
au service d’une morale. Dans l’un des textes envoyés au roi pour obtenir la levée
de l’interdiction de Tartuffe, il écrivait :
« Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les
divertissant, j’ai cru, que, dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de
mieux à faire que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon
siècle », le mot « ridicule » devant être compris dans le sens « qui suscite le
rire ».
Chez Molière, le sens de la comédie, même
quand il passe par les gags ou la violence de la satire, est toujours empreint
de cette noblesse d’âme.
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