1.1. La farce et la comédie
La farce est une forme qui exagère et
simplifie la nature des personnages et l’action, pour provoquer un rire
immédiat. Molière connaissait à la fois les farces des bateleurs qu’il voyait
sur le Pont-Neuf, à Paris, dans son enfance, celles des comédiens italiens
jouant à Paris et celles qu’avaient laissées les auteurs de l’Antiquité, en
particulier les farces de l’auteur latin Plaute.
C’est ainsi qu’il commença par des farces :
l’Étourdi, le Dépit amoureux. Comme le genre de la farce exige une action
courte et rapide, il est passé ensuite au genre de la comédie, plus étoffé, où
l’action et la psychologie font l’objet de développements longs et subtils.
Mais Molière a utilisé des gags et des
situations de farces à l’intérieur de ses pièces plus ambitieuses, comme
l’Avare, pièce truffée d’exagérations comiques. Pour le plaisir de revenir au
rire populaire, il est souvent retourné à la belle simplification de la farce,
comme lorsqu’il écrivit le Médecin malgré lui et les Fourberies de Scapin,
alors même qu’il était pour beaucoup l’auteur comique mais grave du
Misanthrope.
On peut distinguer plusieurs types de comédie
dans le répertoire moliéresque, parfois mis en œuvre dans une même pièce ; le
Misanthrope, par exemple, est à la fois une comédie de mœurs et une comédie de caractère,
l’Avare également.
1.2. La comédie satirique
L’une des caractéristiques du comique, c’est
de se moquer des contemporains, des gens parmi lesquels on vit. Un peu à la
manière d’un journaliste pamphlétaire, Molière a raillé un certain nombre de
corps sociaux, religieux et mondains.
Le corps social que Molière a le plus
violemment attaqué est celui des médecins : leur mise en cause comique a lieu
dans de nombreuses pièces, du le Médecin malgré lui au Malade imaginaire, la dernière
pièce de Molière. Même à l’intéreur de Dom Juan, il s’en prend aux disciples
d’Esculape.
Il critique aussi toute une frange du milieu
religieux, les « faux dévots », qu’il dénonce violemment à travers le
personnage du roué Tartuffe ; cette audace lui coûtera cher, la pièce sera
interdite par trois fois.
Enfin, Molière est un satiriste du milieu
mondain, qu'il ridiculise dans les Précieuses ridicules et les Femmes savantes
et lorsqu’il prend pour cible les aristocrates impudents, notamment dans George
Dandin.
1.3. La comédie mythologique
Lorsqu’il s’inspire d’un sujet traité par un
auteur de l’Antiquité, comme c’est le cas pour l'Avare tiré d’une comédie de
Plaute, Molière transpose l’action dans son temps.
Mais, exceptionnellement, il garde le contexte
antique quand il écrit Amphitryon. C’est donc une comédie mythologique, de la
même façon que les tragédies de Racine et de Corneille sont des tragédies
antiques. Cette œuvre n’a pas d’équivalent parmi les autres pièces de Molière.
Elle fait référence à un épisode des légendes grecques et ne s’adresse pas à un
public large, mais à un public cultivé.
1.4. La comédie-ballet
La comédie-ballet, dont la forme annonce
l’opéra par ses parties chantées et dansées, a pour principe d’alterner des
scènes chorégraphiées et des scènes dialoguées. Elle s’est développée quand les
divertissements royaux se sont multipliés à Versailles et dans d’autres
châteaux. Le roi Louis XIV et la Cour étaient très friands de ces spectacles
qui reposaient sur une idée de théâtre total – utilisant tous les langages du
spectacle – et déployaient un grand faste dans l’utilisation des décors et des
machineries.
Molière a souvent répondu aux commandes qui lui
étaient faites par le roi. Les Fâcheux, les Plaisirs de l’île enchantée, la
Princesse d’Élide, les Amants magnifiques sont des comédies-ballets dont les
textes ne nous importent plus beaucoup aujourd’hui, à l'inverse de Monsieur de
Pourceaugnac, le Bourgeois gentilhomme et Malade imaginaire.
Ces trois dernières pièces sont parfois
représentées sans leurs intermèdes musicaux mais elles ont été conçues sous
cette forme qui mêle l’action théâtrale et les tableaux faits de chants et de
danses. Pour toutes ces œuvres, Molière collaborait avec un musicien, tel que
Lully ou Marc-Antoine Charpentier.
Le genre de la comédie-ballet mettait
généralement en scène les épisodes et les héros de la mythologie et des
pastorales. Molière a su à la fois utiliser des thèmes antiques et imposer des
sujets contemporains...
1.5. La comédie du théâtre
Délaissant la fiction, Molière s’est amusé
par deux fois à répondre à ses détracteurs sous la forme d’une comédie sur le
théâtre. La première fois, ce fut avec la Critique de l'École des femmes, où il
représente des spectateurs hostiles à sa pièce l’École des femmes qui discutent
avec des spectateurs favorables.
La seconde fois, ce fut avec l'Impromptu de
Versailles, où il se met lui-même en scène en train de diriger ses propres
acteurs. Il donne à voir ainsi le théâtre et son public, mais, derrière la
réaction à un événement d’actualité et la volonté de répondre aux polémiques,
s’affirme aussi un discours théorique et esthétique, exprimant les points de
vue de l’auteur sur l’art dramatique.
1.6. La comédie de mœurs
Dans les Précieuses ridicules, c’est à la
satire d’un phénomène de mode que l’auteur s’attache avant tout. Dans l'École
des femmes, Tartuffe, Le Misanthrope, George Dandin, les Femmes savantes le
comique a toujours un caractère de moquerie relatif aux travers de l’époque
mais il s’élargit à l’examen du milieu social.
Ce sont surtout la famille et la question du
mariage qu’embrasse le regard de Molière : il montre comment les enfants subissent
la loi des parents (essentiellement du père), comment les relations avec
l’argent, les rapports entre les époux et le désir de s’inscrire dans un
courant à la mode ou dans un mouvement religieux modifient la vie du groupe,
quels sont les place et rôle des domestiques dans la vie de la maison et
comment l’union conjugale est parfois traitée autant comme une affaire
financière que comme une question d’harmonie amoureuse.
Molière représente aussi le décalage entre
les classes sociales : la tentative de passer dans la classe supérieure, de la
bourgeoisie à l’aristocratie se traduit le plus souvent par un comportement
ridicule et voué à l’échec.
Chez Molière, la notion de mœurs est liée à
la notion de morale : en raillant les défauts de ses contemporains, il en
appelle à la raison et à un comportement qui mettrait fin aux folies et aux
lubies. Dans cette perspective, les personnages dont le comportement est
condamnable sont souvent ridiculisés ou punis dans l’une des dernières scènes
de la pièce.
1.7. La comédie de caractères
Au-delà de la représentation du contexte
social et de l’époque dans laquelle il s’inscrit, il y a
C’est une des grandes idées du xviie siècle
français que de reprendre cette peinture du caractère, telle qu’elle avait été
ébauchée dans l’Antiquité (chez les auteurs grecs puis dans la comédie latine)
et d’en faire l’un des grands thèmes de la littérature et du théâtre.
Les Caractères de Jean de La Bruyère, ouvrage
postérieur au théâtre de Molière, accomplit parfaitement cette composition
d'une galerie de portraits où des types humains (l’égoïste, l’amoureux, le
cupide…) sont saisis à travers leurs traits essentiels.
Molière, avant lui, a dépeint un certain
nombre de personnages représentatifs des diverses façons d’être et de penser :
Tartuffe est l’exemple même de l’ambitieux pratiquant le double langage pour
arriver à ses fins. Alceste, le misanthrope, est l’homme qui n’aime pas les
autres hommes et exècre la société. M. Jourdain, le « bourgeois gentilhomme »,
est, ce qu’on appellerait aujourd’hui, un nouveau riche, qui croit, naïvement,
qu’on peut changer de statut social avec le pouvoir de son argent. Harpagon, le
personnage central de l'Avare, est le parangon de ces êtres qui sacrifient tout
au plaisir de posséder et qu’on appelait aussi, au xviie s., des « avaricieux
». Argan, le « malade imaginaire », incarne à la perfection une configuration
psychologique, celle de l’homme chez qui la hantise de la maladie et de la mort
fait disparaître la perception de la réalité.
Ce sont essentiellement des types masculins
que Molière a composé, à côté de quelques types féminins : la femme séductrice
et coquette, à travers le personnage de Célimène dans le Misanthrope, les
servantes généreuses et batailleuses telles que Dorine dans Tartuffe et
Toinette dans le Malade imaginaire...
1.8. La comédie philosophique
Molière n’a pas écrit, à proprement parler,
du théâtre philosophique. Mais cette dimension
De ce point de vue, Dom Juan est sa seule
véritable comédie philosophique. Dom Juan y incarne le dédain d’une pensée
religieuse et consolatrice, Sganarelle la défense d’une attitude religieuse
représentée comme une forme de superstition. On peut voir là – mais une autre
interprétation est possible, la pièce s’achevant sur la mort du séducteur – une
préférence affirmée pour les thèses des « libertins » qui ne croyaient pas à
l’existence de Dieu.
1.9. Le genre sérieux
Molière est essentiellement un écrivain
comique, un auteur de comédies. Mais il a écrit quelques pièces relevant du
genre sérieux. Il a composé une « comédie héroïque », Don Garcie de Navarre ou
le Prince jaloux, qui fut un échec. Et également une « comédie pastorale
héroïque », Mélicerte, et une « tragédie ballet », Psyché. Il s’est le plus
souvent montré peu à l’aise et moins convaincant dans ce registre « héroïque »
où s’illustrait brillamment son ami Corneille.
source:
http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Jean-Baptiste_Poquelin_dit_Moli%C3%A8re/133609
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http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Jean-Baptiste_Poquelin_dit_Moli%C3%A8re/133609



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